Ocre ferreuse

Avez-vous constaté la présence d’une boue orangée et visqueuse dans le bassin de la pompe du puisard au sous-sol de votre maison ?

Si oui, votre propriété souffre du phénomène des dépôts d’ocre dans la tuyauterie de drainage de votre fondation.

Ce problème est aussi connu sous le nom d’«ocre ferreuse ». L’Office québécois de la langue française recommande cependant d’éviter cet anglicisme qui est une traduction de iron ochre. D’autant plus que par définition l’ocre contient toujours du fer, ce qui lui donne la couleur orangée  de la rouille.

On attribue le développement de cette substance visqueuse à deux causes. La première résulte d’un processus chimique : le fer soluble contenu dans le sol s’écoule avec l’eau dans le drain de fondation. Au contact de l’oxygène, les ions ferreux forment une masse qui viendra boucher le drain. L’autre cause est biologique. L’oxydation du fer soluble est accélérée par des bactéries présentes dans les eaux souterraines ou stagnantes (fossés, marais, etc.). Ce deuxième cas est plus fulgurant que le premier.

La réaction est plus rapide dans les endroits où la nappe phréatique s’élève au-dessus du niveau de la fondation, dans les zones inondables, et où les sols sont sablonneux ou silteux. On reconnaît les dépôts d’ocre par leur aspect gélatineux et leur couleur qui va de l’orangé au brun.

Cette fiche technique donne en détail des informations sur les dommages que peut causer ce problème. Le lecteur y trouvera aussi une description de la norme élaborée par un comité technique du Bureau de normalisation du Québec. Cette norme fournit des balises pour évaluer le risque de cette substance et les méthodes pour en diminuer la formation. Des solutions pour s’en débarrasser sont contenues dans deux tableaux (mesures préventives et correctives).

Quels sont les dommages de l'ocre ferreuse?

En soi, les dépôts d’ocre ne présentent pas plus de risque pour la santé que la rouille. Ce sont les dommages qu’ils causent qui font problème. En effet, le colmatage du drain de fondation empêche celui-ci de jouer son rôle et peut provoquer des infiltrations au sous-sol.

L’endroit tout désigné pour la formation de cette gélatine est le drain de fondation (aussi nommé drain français). C’est là qu’on retrouve la combinaison parfaite d’oxygène, d’eau et de ferrobactéries. La gélatine orangée se fixe alors aux parois du drain et en provoque l’obturation. L’ocre ferreuse peut se propager jusqu’à la pompe du sous-sol, nuire à son fonctionnement et l’endommager gravement. Les dépôts d’ocre peuvent aller jusqu’à obstruer le bassin de captation ou la conduite de l’égout pluvial. Dans certains cas, on n’aura pas d’autre choix que d’avoir à les remplacer au complet.

Comme l’eau dans le sol autour de la maison ne peut plus circuler dans le drain colmaté, elle a tendance à s’infiltrer dans la maison par la dalle de sous-sol. Les conséquences peuvent alors être considérables. Le premier signe est généralement l’apparition de dépôts rougeâtres sur la dalle de béton. Les pires cas peuvent conduire à l’inondation du sous-sol. Des dommages importants peuvent survenir moins de deux ans après la construction de certaines maisons. Le phénomène est pernicieux car les dommages peuvent devenir graves avant que le propriétaire ne s’en aperçoive. La multiplication de moisissures causée par l’humidité excessive peut conduire à de graves problèmes de qualité de l’air. Dans certaines conditions, certaines moisissures sont une menace pour la santé, en particulier celle des enfants et autres personnes sensibles aux micro-organismes.

De plus, une fois que le phénomène apparaît, il devient irréversible. Si vous constatez un taux anormalement élevé d’humidité au sous-sol et l’apparition d’eau rougeâtre dans les fossés ou en surface après la pluie, soyez vigilants!

Une norme du BNQ

En 2009, le Bureau de normalisation du Québec (BNQ) a débuté l’élaboration d’une norme pour encadrer la problématique de la formation de dépôts d’ocre dans les drains de fondation. À la suite de nombreuses réunions d’un comité d’experts, la norme BNQ 3661-500 a été publiée en février 2012.

Cette norme comporte deux parties qui décrivent l’évaluation du risque et les méthodes d’installation pour les nouveaux bâtiments. La première partie guide les experts dans l’évaluation du risque de formation de dépôts d’ocre. Elle a été conçue pour être utilisée comme référence dans le cadre d’un mandat d’étude donné à un expert. L’évaluation du risque de formation de dépôts d’ocre peut être faite autant pour un nouveau bâtiment qu’un bâtiment existant. La norme définit les étapes à suivre en vue de produire un rapport d’expertise. La norme oriente aussi quant au choix d’une personne compétente pour effectuer l’évaluation. La première partie contient donc tous les éléments à analyser pour évaluer le risque de formation de dépôts d’ocre.

La deuxième partie propose une méthode d’installation d’un drain français pour diminuer le risque de formation des dépôts d’ocre. On y propose entre autres la pose de tuyaux à parois lisses comportant des trous plus grands. On suggère aussi d’installer des cheminées d’accès qui permettraient d’inspecter et éventuellement de nettoyer les drains. On va même jusqu’à proposer des coupes types et les matériaux à utiliser pour étanchéiser les fondations si nécessaire.

Finalement la norme reconnaît que la rareté des terrains à construire dans les villes a conduit au lotissement de nouveaux territoires où les sols riches en fer soluble sont propices au développement des dépôts d’ocre. Et ce phénomène n’est pas réduit à une seule région, mais peut se retrouver partout au Québec.

Certaines régions semblent cependant plus propices à son développement. Entre autres, la couronne nord de l’île de Montréal (Laval, Lanaudière, Laurentides) est particulièrement touchée. Un sondage effectué par l’Association des consommateurs pour la qualité dans la construction (ACQC) a permis d’identifier les municipalités où sont répertoriés des cas de maisons affectées par les dépôts d’ocre.

Quelles sont les solutions pour s’en débarrasser?

Il n’y a pas de solutions miracles pour se débarrasser des dépôts d’ocre et des problèmes qui y sont associés. Il n’existe pas, pour l’instant, de méthodes pour arrêter le phénomène une fois qu’il a débuté. Il est toutefois possible de le ralentir et de diminuer ses impacts sur le drain et le bâtiment.

Par contre, aucune solution économique fiable n’a été testée et n’est garantie à long terme. Les méthodes les plus sures proposées actuellement sont très dispendieuses. Soyez prudent dans le choix des mesures correctives, car chaque cas est différent. Une analyse globale par un expert pourra d’abord confirmer qu’il s’agit bel et bien de dépôts d’ocre. Ensuite, il pourra vous guider vers les solutions appropriées à votre cas.

La première mesure simple à adopter consiste à surveiller l’évolution du problème et à procéder à un entretien périodique adéquat. Si des cheminées d’entretien ont été installées, procédez à un lavage par haute pression d’eau. Utilisez une fréquence adaptée à votre cas. Lavez le bassin de captation à l’aide d’une brosse dure. Si le bâtiment est muni d’une pompe de puisard, la démonter et la nettoyer périodiquement (y compris les conduits) permet de retarder le moment où l’on devra la remplacer. Certains propriétaires installent un système d’alarme pour les prévenir quand le niveau de l’eau est anormalement élevé dans le bassin de captation.

Dans un forum de discussion offert par l’ACQC aux victimes de l’ocre ferreuse, l’on a traité d’un nouveau traitement qui propose l’utilisation de gaz pour le nettoyage. Certains confient l’avoir essayé sans toutefois obtenir de résultat plus probant que les autres méthodes de nettoyage à pression d’eau. D’autres jurent que le traitement est moins coûteux et produit des résultats exceptionnels. Aucune étude scientifique n‘a cependant démontré avec certitude que le traitement au gaz constitue une solution définitive au problème. Tout ce qu’on peut en dire est qu’il est moins dispendieux et qu’il entraîne moins de travaux importants pour remplacer une conduite trop colmatée.

Enfin, assurez-vous d’éloigner les eaux de ruissellement des murs de fondation en augmentant l’inclinaison de la pente du terrain et en installant des gouttières qui devront s’écouler loin de la fondation.

Les tableaux suivants proposent une série de mesures à considérer. N’hésitez pas à nous contacter à l’ACQC pour plus de détails.

Aperçu des mesures préventives

Mesures préventives dès la construction

 

Aperçu des mesures correctives

Mesures correctives

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